Bray

Après une journée soutenue et quelque peu éprouvante, mes paupières s’alourdissent. Dans cette nuit noire, mes yeux, inexorablement terrassés par un grand poids, se ferment. 

Et le songe, alors installé, accapare l’esprit. 

Je rêve d’une pièce aux mille portes. Une salle d’une obscurité noir jais au sein de laquelle je distingue ses multiples issues avec une aisance déconcertante. 

Les portes, scellées, offrent une résistance accrue à mes tentatives d’intrusion ; me voilà destinée à une existence à huit clos.

Une angoisse inéluctable m’envahit, une peur intense gagne ma gorge et là, l’une des portes, isolée au milieu d’une pièce, sans tenants, laisse entrevoir un faible halo de lumière. Comme indéniablement absorbée par elle, captivée, j’ouvre en toute hâte et me faufile en son interstice.

Aspirée par l’éclat de cette douce lueur, ébranlée par sa puissance, je perds pied et me réveille brutalement au petit matin, le corps haletant, le souffle saccadé. 

C’était un cauchemar !

Bouleversée et à peine remise de mes fortes émotions, je constate que cette lumière présente dans mon rêve, forte et brillante, provenait de la fenêtre. Salvatrice, elle m’avait extirpé de mon songe afin de me guider vers ma nouvelle aventure. 

Je me dirige vers le sud-ouest : Bray, petite cité balnéaire à l’embouchure de la rivière Dargle, se targue de l’étendue de sa grande plage, véritable joyau pour les yeux. Entourée par le mont Bray Head et les montagnes de Wicklow, la ville regorge de vie : restaurants et pubs font partie intégrante de son ambiance festive et populaire. 

Qu’elle est belle, Bray !

Au 18ème siècle, ce tranquille village de pêcheurs attire les classes moyennes dublinoises qui lorgnent son potentiel : sa proximité avec la capitale et sa situation loin de l’effervescence urbaine. Aujourd’hui d’apparence élégante et gracieuse, elle affiche un éventail d’attraits: ses magnifiques villas, son esplanade, ses infrastructures, ses incalculables sentiers de randonnées. 

La journée m’a offert maintes possibilités d’assouvir mes besoins d’exploration: sillonner la Cliff Walk jusqu’au port de Greystones, découvrir Bray Head, qui offre, du haut de ses 241 mètres d’altitude, un panorama extraordinaire sur la baie de Dublin et les montagnes de Wicklow, visiter les fonds marins au coeur du splendide Sea Life et de ses trente aquariums, ou encore, se perdre au coeur du manoir de Killruddery et de ses jardins à la française dessinés au 17ème siècle par un condisciple de Le Nôtre.

Et déjà, à la nuit tombante, j’oublie mon cauchemar terrifiant. Je parviens à relativiser. 

Arpenter l’Irlande, c’est avoir un nombre suffisant de clés pour déverrouiller toutes les portes. C’est disposer de nombreuses opportunités de l’apprécier, d’être charmé, d’être sublimé avec le désir insatiable d’en apprendre davantage.

La petite escapade au coeur du comté de Dublin est terminée.

Bray, la porte d’entrée des Wicklow, est désormais ouverte…

Je vous suivrai jusqu’à la fin du monde, puisque le monde est rond. (proverbe irlandais)

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