DUN LAOGHAIRE· SANDYCOVE· DALKEY· KILLINEY

Un morne matin se lève sur Dun Laoghaire.
Une journée maussade qui n’entache pas ma fougue : la brume s’épaissit, s’entremêle au paysage, se faufile dans les rues à allure soutenue. A l’aube, le paysage est toujours empreint de mystère et un silence salvateur envahit la ville alors totalement coupée du monde.

Dans la pénombre du petit matin, mon esprit se laisse aller à quelques errances dans les couloirs du temps.

Au cinquième siècle, on se remémore ainsi Laoghaire, cinquième roi d’Irlande, qui ordonna d’établir une base maritime militaire au sein de l’ancienne Kingstown pour entreprendre les attaques vers la Grande-Bretagne et la Gaule.

Ma tranquille balade le long de la mer d’Irlande me rappelle également cet affligeant épisode de 1807. Une catastrophe sans précédent ébranla la paisible histoire de Dun Laoghaire : un naufrage de deux navires causa la mort de 400 personnes à proximité du port durant une froide nuit de novembre.

Un débat houleux s’ensuivit alors concernant la fondation d’un nouveau port dans la baie. La construction s’amorça et l’essor de la cité se développa considérablement. Les nombreuses maisons de villégiatures de l’époque agrémentent toujours joliment le paysage. Les familles modestes de Dublin y élisent d’ailleurs domicile durant les week-ends et les vacances.

Je déambule le long du quai et le cours de mes pensées, soudain, s’arrête.

Une ancienne église, dans le brouillard encore épais, attise ma curiosité. 

A l’entrée, je constate avec surprise que l’édifice abrite le National Maritime Museum.
Il va de soi que l’amour porté envers l’océan prend ici tout son sens !
Depuis 1978, le musée retrace avec passion le lien entre l’homme et l’océan à travers divers témoignages et récits.
Après la découverte de l’exposition temporaire, je suis attirée par une lumière intense filtrée par les vitraux de l’église. Je m’émerveille devant cette fascinante pluie d’étoiles qui apportent une beauté particulière à l’espace et m’empresse enfin à la sortie. 

La brume s’est effectivement dissipée et le soleil encore farouche guide mes pas en direction de Sandycove, petit village pittoresque dessiné par ses façades colorées, son discret centre-ville et sa superbe promenade le long de la mer.

La tour Martello rappelle le passage de James Joyce. Un musée y expose bon nombre d’objets personnels et récits du célèbre écrivain. 

Je me pose enfin sur le promontoire de Forty Foot, endroit très apprécié des irlandais depuis plus de 250 ans, notamment pour les bienfaits ressentis par la baignade en eau glaciale. Transportée par la majesté de l’endroit, j’enlève mes chaussures afin de soulager mes pieds dans cette merveilleuse immensité bleue ; en effet, quelle froideur !

Reposée, ma promenade se poursuit ensuite vers Dalkey.

Cet ancien camp viking, devenu un bourg cossu, a vu passer nombre de célébrités dans les années 1990, tels que Bono, l’artiste Enya ou encore Hugh Leonard, dramaturge. Egalement terre de châteaux, la ville en compte désormais trois magnifiquement conservés, issus des 15 et 16ème siècles.

Enfin, je termine mon escapade à Killiney Hill Park, réputé pour ses nombreux points de vue sur Dun Laoghaire, la baie de Dublin, les montagnes de Wicklow et même, par temps très clair, celles du Pays de Galles. Je vagabonde alors sur les nombreux sentiers de randonnée et multiplie les pauses afin d’admirer incessablement les paysages verdoyants de cette douce journée de printemps. Le curieux obélisque m’offre l’opportunité de sauvegarder ces instants délicieux au creux de ma mémoire.

Et, comme un hasard n’arrive jamais seul, le soleil encore présent décline jusqu’à se coucher dans la baie. Un merveilleux spectacle pour les yeux, un sentiment de quiétude me gagne et déjà, cette journée se termine avec une envie grandissante de continuer mon itinéraire.

«  Les gens se rencontrent, mais non pas les collines. » (proverbe irlandais, 1929)


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